Mitch Altman, le fabricateur de sens

Mitch Altman, le fabricateur de sens

Je continue mon exploration des fablabs à San Francisco, et je découvre le Noisebridge, un des premiers et des meilleurs hackerspaces de la Bay Area. Noisbridge se dit être "un espace pour partager, créer, collaborer, pour la recherche, le développement, le mentorat, et bien sûr, pour apprendre." Noisebridge est également plus qu'un espace physique, c'est une communauté dont les racines s'étendant à travers le monde. Plus de 2000 pairs s'organisent entre eux pour partager et créer de nouvelles connaissances tout au long de l'année. Le lieu et l'utilisation des matériaux sont ouverts à tous, en échange d'une contribution. Rencontre avec le fondateur, Mitch Altman.

Pourriez vous nous raconter une expérience qui a marqué votre parcours ?

En 2007, j'ai participé pour la première fois au Chaos Communication Congress, le rendez-vous annuel de la scène hacker internationale, organisé par le Chaos Computer Club. Le congrès propose une série de conférences et d'ateliers sur des sujets techniques et politiques.

J'ai adoré la philosophie du club , qui prônait la tolérance des vicissitudes inhérentes à la vie et prônait de faire partie de ce chaos et de l'utiliser plutôt que de lutter contre.

J'ai trouvé dans ces conférences, un mélange extraordinaire d'organisation et d'anarchie, une anarchie fonctionnelle. En 2007, lors de ma venue, j'ai participé à une conférence qui enseignait aux participants comment monter un hackerspace. Mon ami Jake (ndlr : Jake Appelbaum) et moi étions tellement enthousiasmés que nous avons decidé, d'en monter un à SF, là où nous habitons. C'est ainsi que Noisebridge a vu le jour.

La bas, j'ai commencé à donner des ateliers sur la soudure, sur comment faire des gadgets électroniques et tout ce que l'on doit savoir pour commencer sur l'Arduino. Ces ateliers sont destinés à ceux qui n'ont pas de connaissances électroniques et ne sont pas forcément makers. J'adore faire ces ateliers et je le fais peu importe où je me trouve dans le monde.

Ma participation au CCC m'a aussi permis de relever des défis personnels. J'ai vécu des périodes de dépression durant ma jeunesse, que j'ai relevé grâce à 3 professeurs qui ont cru en moi et qui m'ont aidé à différentes périodes de ma vie. En 2011, après le suicide d'un ami, j'ai organisé au CCC une discussion "les geeks et la dépression" avec des gens qui avaient vécus une dépression. Cela a aidé beaucoup de monde, et je reçois encore des lettres de remerciement. Depuis cette conférence, je suis plus ouvert sur mon ancienne dépression et j'encourage les gens que je rencontre à parler plus des dépressions qu'ils vivent ou qu'ils ont vécu.

Pourquoi avoir démarré un hackerspace ?

J'ai commencé Noisebridge pour que les curieux qui souhaitaient apprendre, explorer, aient un endroit pour le faire, pour faire que les personnes qui viennent, trouvent un sens dans leurs besoin de créer.

Nous avons besoin d'être entourés, comme nous avons besoin de nous exprimer via nos créations. Les hackerspaces / fablabs sont des endroits qui permettent de combler nos besoins humains.

Chaque personne peut faire individuellement beaucoup mais Ensemble, en réunissant notre ingéniosité, nos talents, nos compétences nos outils, comme nos crayons ou nos soudeuses, nous pouvons faire plus et mieux.

Qu'est ce qui fait la particularité de Noisebridge ?

Chaque hackerspace est unique, avec sa communauté, sa façon de se structurer et son modèle économique.

Sur la majeure partie des années 2007 et 2008, Noisebridge était un groupe de personnes qui se rencontraient dans de nouveaux lieux chaque semaine et apprenaient les uns des autres.

En octobre 2008 le groupe Noisebridge a commencé à louer un espace commercial dans le Mission District de San Francisco, mais a rapidement été à l'étroit. Chez Noisebridge, nous fonctionnons comme une holocratie, c'est à dire que nous prenons nos décisions par consensus. Notre unique règle est de donner le meilleur de soi-même pour l'autre (ndlr : le projet d'un autre membre ou dans l'aide fournie). Noisebridge est ouvert à tout le monde , avec comme seule contrainte notre règle et bien sûr que les personnes qui viennent, retirent un bienfait de la communauté et qu'ils aident en retour les autres membres de la communauté. Les aides peuvent être monétaires mais surtout partager ses projets, apprendre, explorer, donnes des cours, faire des ateliers, nettoyer les lieux , montrer aux nouveaux comment utiliser l'outillage ... et toujours donner le meilleur de soi. Il y'a beaucoup de façon de participer et comme chacun.e y trouve son compte , tout le monde le fait gracieusement.

Noisebridge a gagné de nombreux prix, tel que le Best of the Bay award 2010 du SF Bay Guardian 2010 en tant que « Best Open Source Playground » (meilleur espace de jeu open source) ; la critique a conclu « the vibe is welcoming and smart. (l'émotion est accueillante et astucieuse). En 2011 le SF Weekly a récompensé Noisebridge en tant que Best of San Francisco pour son « Best Hacker Playground » (meilleur espace de jeu hacker), le décrivant comme "the ultimate in DIY ethic" (le meilleur dans l'éthique Faites-le-vous-même).

Quel est votre plus important projet aujourd'hui ?

Parcourir le monde, donner des conférences et animer des ateliers qui attirent de plus en plus de personnes vers les hackerspaces. Encourager les participants à monter leurs propres hackerspaces. J'adore ce que je fais !

Quel est le business model de Noisebridge ?

Notre budget annuel est de 75 000 $ US. Cela inclut la location des lieux, l'électricité , Internet , le ramassage des poubelles. Notre internet nous est offert par un fournisseur d'accès local, ce qui nous économise une bonne centaine de dollars, chaque mois. Nous faisons plus que beaucoup d'organisations avec des budgets plus conséquents. Des centaines de personnes viennent chaque semaine à Noise Bridge pour nos ateliers, pour découvrir la culture des hackerspaces.

Noisebridge n'a pas de salariés car nous sommes une association composée de bénévoles, de ce fait, nous avons peu de coûts et pouvons nous permettre beaucoup d'initiatives. Chaque jour, nous organisons des ateliers et des formations. 1/3 de nos revenus viennent de nos adhésions et le reste vient de dons individuels. Noisebridge n'accepte qu'une donation que si elle est sans contrepartie.

Quel est votre but dans la vie ? Qu'est-ce qui vous motive à aller de l'avant ?

Nous vivons sur une belle planète, ce qui est attristant est qu'il y'a beaucoup d'habitants qui ont le sentiment que leurs vies ne valent pas la peine d'être vécues. Nous passons tant de temps à faire des choses que nous haïssons. Nous avons autant besoin d'argent pour manger, pour vivre, que de communautés pour créer. Mon souhait est qu'il y'ait plus de gens qui arrivent à couvrir leurs besoins tout en trouvant un réconfort, un sens dans ce qu'ils font au quotidien.

J'ai réalise que je peux aider ces gens à trouver leurs voies en les aidant à se regrouper en hackerspaces. Dans ces espaces, les gens ont la liberté d'expérimenter , d'explorer pour eux-mêmes et de faire ce qu'ils ont envie de faire.

Au jour d'aujourd'hui, il y a 2000 hackerspaces dans le monde. Nous en avons besoin de plus, nous avons besoin de communautés dans nos vies, nous pouvons faire beaucoup chacun.e mais nous pouvons faire plus Ensemble.

Interview réalisée par Diane Lenne le 23 Juin 2015 à San Francisco.

Avec la participation de Thomas Jaulin et Marie Schneegans

Traduite de l'anglais par Andy Kwok

Corrigé en français par Agnès de Moras

Nous remercions Mitch Altman pour ce témoignage vibrant