LdL, apprendre en enseignant

LdL, apprendre en enseignant

Jean-Pol Martin est le fondateur de la méthode Lernen Durch Lehren, pour permettre aux élèves d’apprendre en enseignant. Un papier de recherche a été écrit sur sa méthode, «Quand les apprenants font la classe». Je le rencontre le Dimanche 14/05/2017 à Porte de Saint Cloud. Il m'attend avec impatience sur le pas de la porte, enjoué par les circonstances de la rencontre, la victoire de Macron aux élections présidentielles, une semaine auparavant :)

Cette interview est le fruit de ma propre interprétation. Jean-Pol Martin a préféré de pas intervenir au niveau du contenu pour me laisser exprimer ma perspective. Toutefois, si vous avez des questions sur la méthode Ldl, nous y répondrons ensemble avec lui.

Comment est-ce que tout a commencé ?

J’ai écrit un livre pour l’enseignement du français dans une université populaire pour les adultes. A cette époque l’approche appliquée est behavioriste (comportementale) qui consiste à répéter sans arrêt. Nous proposons une approche communicative, qui prend en compte les besoins fondamentaux de l’être humain.
Nous l’avons vendu 1 million et demi sur plusieurs années.
En 1980, j’ai découvert un livre sur le cerveau. Et je m’en suis inspiré pour transformer mon enseignement. Nous sommes des cerveaux, connectés aux autres comme des neurones, qui générons de la pensée.
J’ai décidé de l’appliquer à ma classe. Car la théorie sans pratique ne vaut rien. Ce n'est pas acceptable de parler d’activation des élèves sans le faire soi-même dans sa classe!
Au début, j’avais ma classe, j’étais au centre de tout, puis, je me suis dit, pourquoi pas leur dire de présenter du vocabulaire ? Des thématiques ? Cet exercice leur fera travailler leurs compétences d’expression orale, de confiance en eux … ect. Au début, je les accompagne par la main, je leur dis de sourire, de ne pas se mettre au centre du tableau. Je les guide, puis ils deviennent très bons !

Quels sont les fondements de votre théorie ?

Je tente d'appliquer le modèle du cerveau - en particulier le fonctionnement des réseaux de neurones - à la structure du cours. Dans la classe, les élèves doivent se comporter comme des "neurones". Une métaphore du cerveau nous permet de dire que:

  1. Les neurones sont ouverts et transparents
  2. Les neurones communiquent leur savoir instantanément. Ils ne veulent pas se mettre en valeur par rapport aux autres
  3. Comme les neurones n'ont pas peur de faire des fautes, ils réagissent spontanément
  4. Quand les neurones sont contactés, ils répondent aussitôt
  5. Les neurones essaient constamment de garder le contact entre eux; ils n'ont pas peur d'agacer
  6. Les neurones ne sont pas vexés
  7. Les neurones ne font pas de pause; ils ne partent en vacances que lorsque leur travail est achevé
  8. Les neurones ont une attitude ludique face au flou
  9. Les neurones pratiquent une démocratie de base
    10.Attention à l'addiction! On ne doit se comporter en neurone que si la situation l'exige!

Ensuite, je me suis inspiré de modèles anthropologiques, notamment j’ai repris Maslow, en ajoutant le besoin fondamentale pour l’être humain de traiter l’information au niveau du cerveau. Traiter l'information est nécessaire aux êtres humaines pour changer et s'adapter à son environnement et ainsi assurer sa survie! Cependant pas n’importe quelles informations.
Il faut que celles-ci présentent les caractéristiques suivantes:

  • Suffisamment d’informations (pour éviter l’ennui), mais pas trop (pour éviter que le cerveau soit trop sollicité)
  • Pas trop complexe (le cerveau n’est pas en mesure de comprendre), pas trop simple (pour éviter l’ennui)
  • Vitesse du flux d’informations: pas trop lent, pas trop rapide.

L’application dans l’enseignement, est de donner aux élèves des textes compliqués, ambitieux, qui demandent un travail de conceptualisation élevé. Et leur donner un but motivant, qui a du sens. Je considère les élèves comme des instruments cognitifs que l’on active pour améliorer le monde. L’enseignement doit toujours avoir l’intention de les pousser à agir. On donne des tâches qui poussent à agir!

Comment les maintenir à un haut niveau de conceptualisation ?

Je demande à des groupes d’identifier un problème qui les concerne, ils choisissent un par binôme. Ex :La pollution, les guerres dans le monde...
Ou encore, des thématiques importantes: l’histoire de la philosophie, de la littérature, l’histoire du fonctionnement des institutions européennes.
Ou enfin, un but à atteindre ? «On va rencontrer Macron» Trop ambitieux ? Je ne suis sûre que l’on aurait réussi, mais je suis sûre que l’on aurait réussi quelque chose ! Nous serions parvenu à rencontrer un de ses ministres par ex, Cédric Villani. Les élèves vont faire des recherches par eux-mêmes, ils se démènent, ils apprennent la vraie vie.

Quel est le problème avec les classes traditionnelles ?

  • On s’ennuie

Parce que l’information n’est ni intéressante, ni motivante, n’a rien avoir avec eux. Le cerveau est le muscle le plus intolérant vis-à-vis de l’ennui.
Il faut nourrir le cerveau de bonnes informations avec un but, soit la conceptualisation.

  • On ne croit pas dans le potentiel des élèves

On sous-évalue leur potentiel. On les croit incapable de faire un eux-mêmes le cours
On les réduit à l’écoute et la prise de note et la répétition !

Pourquoi est-ce plus efficace de permettre aux élèves s’expliquer entre eux ?

Ils ont des méthodes d’explication beaucoup performantes que celle d’un prof ! Ils sont au niveau des autres. Ils savent ce que les autres savent, ils savent ce qu’ils ne savent pas. Ils élaguent ce qui n’est pas important. Très rapidement, les matières se recoupent entre elles, et ils ne répètent pas ce qui a été dit dans une autre cours.
Les élèves n’hésitent pas dire à leurs pairs "est-ce que tu peux répéter, on n’a pas compris!" ou encore, "Peux-tu faire un schéma?". Des remarques que les élèves n’osent jamais dire si c’est un professeur.
Au contraire le prof ratisse large, s’imagine qu’il ne savent rien, qu’il faut tout expliquer. Il perd un temps considérable.

Comment s’apprennent-ils entre eux ?

Ils sont en binôme, ils vont concevoir eux–même leur cours, imaginer des activités d’apprentissage et comment présenter aux autres.
Attention, ils ne jouent pas le rôle d’un professeur!! Ils s’expliquent entre eux. Ce sont des excellents pédagogues. Par exemple, Je vais vous parlez de Napoléon. Mais d’abord "Que savez vous sur Napoléon?" Tous les élèves répondent, apportent leurs propres ressources. Et enfin, les élèves responsables du sujet résument ce qui a été dit et complètent. Ce sont eux qui proposent au groupe de se répartir en petits groupes et de rassembler toutes les informations sur le sujet et de résumer.

Quel est le rôle du professeur dans cette configuration ?

Il doit être capable de sentir l’atmosphère au lieu de se focaliser sur le contenu. De toute manière, l’attention et l’intérêt est un bon indicateur de la qualité du contenu.
Le prof lui-même doit proposer aux élèves qui transmettent de nouvelles manières ou méthodes de transmission si l’attention baisse.
Il S’assurer que le flux d’information reste à un haut niveau. Il observe le regard, le niveau de l’implication, du regard, de l’intérêt de tous.
Quel que soit le niveau, il demande, Est-ce que vous faites à un sens ? Sinon on arrête.

Comment peux-t-on échouer dans cette pédagogie ? Quelles sont les contraintes ?

  • Perdre l’enthousiasme

L’enthousiasme, l’intérêt se cultive. Il faut toujours relancer, parce que facilement se saturer. Le risque est de revenir dans le quotidien.

  • Ne pas avoir de vision sur ce qu’on va apprendre après

Cette méthode permet d’apprendre beaucoup plus vite. Très rapidement, les élèves connaissent tout le programme et bien au-delà. Le professeur doit constamment réfléchir à ce qu’il va faire après. Et de donner envie sur ce qu’on va faire pour l’avenir.

En savoir plus

Weltverbesserung als Lernziel?

Conceptualisation comme source de bonheur