Art, Action, Participation

Dans ce papier, nous explorerons le domaine de l'art-action, une nouvelle forme d'engagement collectif citoyen. Après avoir exploré les différents innovations dans les actions collectives, nous réfléchirons à l'art-action en lui-même, plus qu'une performance, cette notion prend plusieurs formes et s'exprime au niveau politique et social. Même si l'art-action use de stratégies et tactiques propres à ses formes, sa finalité est commune, le changement social.

Dans un premier temps, j'explorerais l'art-action comme acte de protestation et de participation citoyenne, qui ébranle le quotidien et les préjugés et même les partis politiques répressifs. Dans ce
cas, l'art-action peut prendre la forme « d 'actions éclairs (flashmob en anglais) » une forme de protestation politique utilisée, par exemple, par les jeunes militants en Biélorussie. La performance
artistique ci-décrite dissimule une protestation politique. D'autres formes d'art-action vont au delà du rôle de protestation, et s'inscrivent clairement dans l'action sociale. Dans ce cas, l'art crée du lien et panse les blessures morales, psychologiques, familiales, sociales. L'art est un langage universel qui permet aux individus ou aux groupes marginalisés de s'exprimer. Nous nous concentrerons sur l'action thérapeutique de l'art et pour enfin réfléchir à son rôle pédagogique. Nous intéresserons à la professionnalisation et commercialisation de l'art participatif citoyen. Nous illustrerons les nouvelles formes d'art et d'engagement citoyen, par les exemples du microteatro et de l'association Catharsis. Enfin, nous proposerons une plateforme collaborative d'échanges de projets artistiques et expliciterons son modèle économique.

Tout d'abord, l'action-éclair (flashmob) est une innovation des pratiques d'actions artistique collectives pendant laquelle un petit groupe de personnes écrit une courte mise en scène et la joue
dans la rue. Les modalités et logiques d'organisation et tactiques de mobilisations sont spécifiques. Ce type de performance a une forte composante politique en Biolorussie. Les action-éclair consistent en de courtes mobilisation (10 à 15min) d'une quinzaine de participants qui permettent une dispersion juste avant l'intervention des forces de l'ordre. Ces types d'événements sont entièrement autoorganisés
par les participants, les tâches organisationnelles étant réparties entre les militants ce qui rend difficile la sanction. L'action-éclair suppose la mobilisation d'un petit nombre de personnes seulement (entre trente et cinquante) et constitue un mode d'action parfaitement adapté à la faiblesse d'une base militante. Il s'agit avant tout de prévenir la mobilisation. Pour cela, les tactiques de mobilisation sont très spéciales. Il n'y a jamais d'appel à mobilisation en ligne mais plutôt un appel aux réseaux et aux personnes de confiance dans l'entourage, par le moyen du bouche-à-oreille et l'échange de messages. Plus les interventions sont courtes et moins l'opération sera relayée dans les réseaux sociaux. Ainsi réduire les durées de mobilisation réduit considérablement le risque de sanction des forces de l'ordre. D'un autre coté, ce mode d'opération diminue considérablement la visibilité de l'action et
donc son impact. Il faut trouver un équilibre entre protection et visibilité. L'impact d'un flashmob tient autant dans sa performance que dans sa publicité et sa communication après. En effet, elle s'accompagne inévitablement d'un webreportage ou d'une mobilisation sur les réseaux sociaux. Malheureusement, publiciser les flash-mobs réalisés à travers des comptes-rendus et des photos postées sur Internet semble pouvoir susciter un écho médiatique très limité dans la mesure où ceux-ci sont généralement consultés par des personnes sinon déjà impliquées dans la contestation, tout au
moins critiques envers le régime. Mais opter pour un mode d'action de très courte durée permet, certes, de réduire les risques de répression et donc les coûts de l'action collective, mais cela limite
considérablement sa portée.

Face à ses actions militantes, des initiatives commercialisables semblent s'inspirer du format des flashmobs et autres actions collectives. Microteatro est une innovation théâtrale qui consiste à jouer des pièces de 15 min avec un groupe d'une dizaine de personnes dans des cafés, restaurants, tapas et autres lieux conviviaux. C'est très court, original et très authentique. C'est un format qui correspond à notre génération habitués aux formats courts. De jeudi à Dimanche, l'audience peut choisir entre 9 micro pièces originales, qui durent seulement 15 min et coûtent 5 € par pièce et qui offre une expériences unique. C'est le format d'un vidéo clip. Pourtant, contrairement à son format web, Microteatro offre un moyen naturel, facile aux gens de sociabiliser contrairement à un espace virtuel. Nous avons tout besoin d'un sens d'appartenance à une communauté. Les nouvelles pièces sont sélectionnées sur environ 150 candidatures. Jusqu'à maintenant, le concept a attiré 120 000 personnes.

Les ateliers d'art-thérapie sont selon moi une seconce forme d'art-action, un art qui soigne en utilisant la thérapie de groupe. Pour parfaire ma compréhension de l'art-thérapie, j'ai interviewé
Michèle BAUTISTA, une professeur d'art et éducatrice dans le milieu médico-social,. Il y a quelques années, elle a imaginé un appareil dentaire en association avec le médecin dentiste de la région et la Société d’Édition des Artistes Peignant de la Bouche et du Pied pour permettre aux artistes handicapés de peindre avec la bouche. (vidéo reportage ci-joint. Selon elle, l'art thérapie permet de soigner et non de guérir. Sa fonction est double : l'accès à la culture et l'ouverture à la culture et aux autres formes. L'art-thérapie part du principe que nous pouvons tous être à la fois artistes et spectateurs de l'art. La pratique de l'art thérapie s'étend à tous les arts (théâtre, chant, musique, arts plastiques ...). A chaque mal, son art qui soigne. Le théâtre est particulièrement adapté aux personnes qui ont été violenté ou traumatisé dans le passé, notamment les prisonniers et réfugiés. Le chant est très utilisé pour la gestion du stress, l'apaisement, la relaxation et l'adaptation à un groupe, quand il est pratiqué en orchestre ou chorale. Selon elle, l'art-thérapie doit s'adapter aux individus et aux groupes. En effet, un individu sera différent seul et dans tel ou tel groupe. Les synergies sont différentes dans chaque groupe. L'impact sur les participants est réel en terme de développement personnel et dans les relations avec les autres au bout de quelques mois seulement. L'art peut être appréhendé sous les 3 angles de la thérapie, de la pédagogie et du loisir.

Suite à cet échange, je me suis intéressée à un cas bien précis d'art-thérapie, celui performé par Zeina Daccache, une artiste libanaise, qui oeuvre dans les prisons des femmes. Zeina Daccache, détentrice d'une licence en études théâtrales, master en psychologie clinique, thérapeute certifié par l'Association nord-américaine de thérapie par le théâtre (NADTA), Etats-Unis. Elle est la fondatrice et directrice exécutive de Catharsis - Centre Libanais thérapie par le théâtre et travaille en tant que thérapeute de théâtre dans différents contextes. Elle croit dans les pouvoirs libérateurs et les soins
de la thérapie par le théâtre. Elle a mis en oeuvre des programmes de thérapie par le théâtre au Liban et au Moyen-Orient depuis 2006. De nombreux prix lui ont été décernés pour ses contributions remarquables au domaine des initiatives et des services sociaux.
Catharsis est le premier centre de Drama Therapy au Liban et dans la région arabe. C'est une organisation sans but lucratif fondée en 2007 sous la direction de Zeina Daccache. Catharsis promeut et propose des actions thérapeutiques grâce à l'utilisation de procédés de théâtre
et d'art pour les individus et les groupes de tous âges. Elle offre des services et des programmes dans différents contextes sociaux, éducatifs et thérapeutiques tels que les centres de toxicomanie de
traitement, établissements de santé mentale, des hôpitaux, des établissements correctionnels, des écoles, des théâtres et des sociétés. Catharsis offre aussi des prestations aux entreprises dans des domaines tels que l'esprit d'équipe, le soulagement du stress et la communication interne. En parallèle à sa pratique en clinique privée, Catharsis offre une thérapie pour les individus et les
groupes qui souhaitent explorer divers problèmes de la vie et d'élargir leur qualité de vie, en utilisant le pouvoir de guérison de l'art dramatique et l'expression par l'art. Catharsis est fondée sur la conviction que l'intégration de l'art dramatique et les arts expressifs dans la thérapie est une méthode efficace pour résoudre ses problèmes psychologiques, accroître le bien-être des individus et des groupes; construire des ponts entre les cultures et les différents segments de la société.
Leur mission est d'offrir des services de thérapie par le théâtre à la communauté en conformité avec les normes éthiques les plus élevées, fournissant un outil puissant pour explorer et de traiter
efficacement les problèmes identifiés par un large éventail de clients, y compris certains des membres les plus isolées et les plus défavorisées de la société. Dans plusieurs cas, mais pas toujours, les séances de thérapie par le théâtre peuvent entraîner une
représentation artistique - comme le projet artistique d'avant-garde « 12 Angry Lebanese « présenté par les détenus de la prison de Roumieh en 2009/2010 et Shéhérazade à Baabda présenté par les
femmes détenus de la prison de Baabda en 2012- qui délivre à des populations marginales un outil d'auto-défense, et leur donne l'occasion de délivrer leur message aux décideurs de la société.
Ils agissent aussi à renforcer les capacités professionnelles dans le domaine de la thérapie par le théâtre, la formation et des conseils aux aspirants drama-thérapeutes au Liban et dans la région arabe.